Morzine-Avoriaz Quand la tradition épouse la modernité

Partez à la découverte d’un legs patrimonial haut-savoyard d’exception

Découvrez les deux versants de ce riche legs patrimonial haut-savoyard. D’un côté, Morzine qui affiche au détour de ses ruelles l’héritage du passé : ses chalets aux balcons ajourés et aux toitures couvertes d’ardoise, ses oratoires, ses ruchers et ses chapelles… Et, dans le riche quartier des Udrezants, ses maisons bourgeoises et ses châteaux de pierre. De l’autre, Avoriaz, inscrite, à l’inventaire du patrimoine du XXème siècle au titre de son architecture mimétique. Laissez-vous surprendre par les lignes brisées de ses immeubles de cèdre rouge. Admirez l’Hôtel des Dromonts, qui, à lui seul, incarne le style de la station. Et, portez une attention toute particulière à ses joyaux : la gendarmerie, la maison forestière, le Palais des Sports, la Chapelle des Prisonniers et l’Oiseau Bleu.

Morzine, un patrimoine de bois, de pierres et d’ardoise

En abondance dans la vallée d’Aulps, le bois a naturellement été adopté pour bâtir les habitations. Il reste au XVIIIème siècle (et même bien avant dès la première moitié du XIIème avec l’arrivée des colons germanophones, les Walsers, venus du Haut-Valais) le matériau de base pour la maison, parois et cloisons, charpentes, planchers, cheminées, balcons, mobilier, ustensiles nécessaires au travail du lait, tavaillons du toit…
Une autre des raisons de son utilisation dans la construction ; sa facilité à le travailler avec des outils rudimentaires comme la hache ou le rabot. Au milieu du 18ème siècle, les maisons étaient essentiellement construites en bois, reléguant la pierre aux fondations.

 

Le chalet (ou la maison du milieu) ne servait que quelques mois par an l’été, le bois suffisait alors aux nécessités de l’alpage. En revanche, la maison de village où l’on passait avec les bêtes, de longs mois l’hiver, devait être solide et résistante au froid. De gros murs de pierres étaient alors utiles et indispensables. A cette époque, la communauté montagnarde vivait en quasi autarcie et devait s’adapter à l’environnement, au milieu naturel et aux ressources ce qui influença inévitablement l’architecture.

A Morzine, le toit est généralement recouvert d’ardoises du pays. Découverte dans les années 1730, l’exploitation de l’ardoise est devenue une activité économique essentielle. Il y eut au XIXe siècle jusqu’à 70 carrières en exploitation employant près de 250 personnes. Jusqu’en 1935, cette activité se maintient à un niveau important, mais à la suite du développement touristique de Morzine, la plupart des carrières cessent peu à peu leur activité. Néanmoins, Morzine compte l’un des derniers sites d’exploitation en France, accessible au public pour les visites.

L’exploitation de l’ardoise est devenue une activité économique essentielle.

Le patrimoine d’Avoriaz et ses joyaux d’architecture
mimétique

Les années 60 voient la naissance de nouvelles stations dites de 3ème génération qui répondent au critère suivant : le ski est roi. La station doit également bénéficier d’un bon enneigement, et donc d’une altitude élevée. Il faut aussi un site de qualité, un bon ensoleillement, un vaste domaine skiable aux pistes variées, permettant de satisfaire les skieurs de tous niveaux. Avoriaz remplit toutes ces conditions. Jean Vuarnet, enfant du pays, revenu des Jeux Olympiques de Squaw-Valley avec la médaille d’or de descente, lance l’idée de cette nouvelle station. Avoriaz est alors un alpage communal presque laissé à l’abandon. Un accord est trouvé entre la municipalité de Morzine et Jean Vuarnet, épaulé par un groupe de promoteurs.

 

Débutée en 1960, la station s’agrandit rapidement. On voit des immeubles d’une grande originalité architecturale sortir de terre. Le rapide développement d’Avoriaz et la renommée fulgurante de la station n’ont pas porté ombrage à Morzine, bien au contraire. Le domaine skiable d’Avoriaz, s’ajoutant à ceux du Pleney et de Nyon, a considérablement augmenté le potentiel touristique de Morzine. Le complexe Morzine Avoriaz affirme d’année en année son envergure internationale.
Les deux « pôles » se développent en parfaite harmonie. Chacun de ces pôles a mis dans la corbeille de mariage ce qui lui était propre : l’un, ses vieilles pierres et son dynamisme de grande station traditionnelle, l’autre son cadre de vie futuriste. Une nouvelle station est ainsi née : Morzine Avoriaz.

La situation exceptionnelle d’Avoriaz, au sommet d’une falaise, et son style unique en font un sujet
idéal de récit. Son architecture mimétique illustre parfaitement son insertion dans le paysage. Le mariage est parfait entre le bâti et les lignes de crêtes, entre l’architecture et le relief : Avoriaz est une station comme aucune autre, hérissée de constructions en forme de pyramides qui font corps avec la montagne et dont les façades habillées de tavaillons en cèdre rouge se confondent avec le bois et la pierre. Novatrice par son concept sans voiture, sans pollution, son architecture moderne et mimétique préfère les immeubles aux chalets ; leur forme générale comprend de nombreux décrochés et aplombs, des toitures retenant la neige et enfin tous les bâtiments parés de tavaillons, changeant de couleur avec le temps et l’orientation.

Focus sur René Faublée, un architecte hors pair

Faublée et ses réalisations classées au patrimoine architectural du XXè siècle.
Né le 6 mai 1906, René Faublée, élève de l’École parisienne des Beaux-Arts, s’installe à Morzine où il construit une maison pour ses parents qu’il rachètera en 1942. Là, il fonde son cabinet d’architecte et se lance dans la réalisation de nombreux chalets. Ces constructions nouvelles destinées à une clientèle aisée, mélangent tradition montagnarde et nouveautés urbaines qui ont pour vocation le séjour du skieur et son confort. Ces chalets modernes ont souvent une emprise limitée au sol. Ils sont adaptés aux moyens et aux besoins de ces nouveaux résidents, souvent des citadins, qui viennent avant tout pour skier. Ces chalets doivent donc être fonctionnels avec local à skis, séjour ouvert sur la montagne grâce à de grandes baies vitrées, chambres sous les toits et beaucoup de rangements…

Dans le paysage morzinois, les traces architecturales laissées par Faublée sont encore bien visibles. Le plan triangulaire demeure une signature tout à fait personnelle du « style » Faublée repérable sur des bâtiments publics, comme celui de l’Oiseau Bleu (1957) ou de la Chapelle des Prisonniers à Avoriaz, mais également dans des réalisations privées comme le chalet « Sol Neu » labellisé au “Patrimoine du XXè siècle” par le Ministère de la Culture. La structure triangulaire permet l’évacuation de la neige en période de fonte sur les deux versants du triangle qui s’abaissent vers l’arrière de la construction, autrement dit au Nord, à l’écart de toute circulation. Le toit à un pan, également orienté au Nord, procède de la même logique.
Les réalisations de René Faublée se démarquent des constructions traditionnelles en bois aux toits à 2 pans recouverts d’ardoises et signent une architecture remarquable, témoin d’une époque et d’une vision novatrice.

 

Jacques Labro est un génie du lieu qui a révolutionné le bâti en montagne.

Focus sur Jacques Labro, l’hôtel Les Dromonts

Jacques Labro est un génie du lieu qui a révolutionné le bâti en montagne.
L’Hôtel des Dromonts, première construction de la station sur le plateau vierge d’Avoriaz, et première œuvre de l’architecte Jacques Labro, ouvre ses portes à Noël 1965. Son originalité, sa situation panoramique et sa façade recouverte de tavaillons, ces tuiles de bois qui constituaient autrefois la plupart des toits savoyards, contribuent rapidement à sa renommée. Ses hôtes célèbres également : réalisateurs et acteurs du Festival du Film Fantastique d’Avoriaz (Steven Spielberg, Brian de Palma, David Lynch…). L’Hôtel des Dromonts est un bâtiment qui rassemble les grands principes architecturaux qui feront le style unique de la station d’Avoriaz, et notamment sa forme pyramidale avec un sommet plutôt exigu. Jacques Labro avait imaginé le lieu comme un « espace ludique pour grands enfants »…